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Acceptée Fédéral Sécurité, défense et justice Société, famille et égalité 25 septembre 1994

Norme pénale contre le racisme (art. 261bis CP)

Au début des années 1990, la Suisse n’échappe pas à la résurgence des discours xénophobes et révisionnistes qui traversent l’Europe. Profanations de cimetières juifs, propagande négationniste, incidents racistes : la pression monte pour doter le pays d’un instrument juridique clair.La…

Oui — 54.7% Non — 45.3%
Participation : 45.9%
L'enjeu de l'époque

Au début des années 1990, la Suisse n’échappe pas à la résurgence des discours xénophobes et révisionnistes qui traversent l’Europe. Profanations de cimetières juifs, propagande négationniste, incidents racistes : la pression monte pour doter le pays d’un instrument juridique clair.

La Suisse a signé en 1965 la Convention internationale de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, mais ne peut la ratifier sans introduire une norme pénale réprimant la discrimination. Le Parlement adopte donc l’article 261bis du Code pénal. Trois comités issus de la droite nationaliste, dont la Ligue vaudoise, lancent un référendum et réunissent 54’112 signatures.

La campagne oppose deux principes : la protection de la dignité humaine et la lutte contre la haine, d’un côté ; la liberté d’expression, brandie par les opposants qui dénoncent une « loi muselière », de l’autre. Le Conseil fédéral et la quasi-totalité des partis soutiennent le texte.

Le 25 septembre 1994, le peuple accepte la norme par 54,7 % des voix, avec une participation de 45,9 %. L’article 261bis entre en vigueur le 1er janvier 1995 et la Suisse adhère à la convention de l’ONU le 29 décembre 1994.

Note méthodologique : Cette fiche traite la votation de manière factuelle et non partisane. Les verdicts portent uniquement sur les arguments de campagne vérifiables — c’est-à-dire confrontables aux faits observés depuis le vote — et non sur le scrutin lui-même.
▲ Cantons ayant accepté
Berne, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Fribourg, Genève, Grisons, Jura, Neuchâtel, Obwald, Schaffhouse, Vaud, Zoug, Zurich
▼ Cantons ayant refusé
Argovie, Appenzell Rh.-Int., Appenzell Rh.-Ext., Glaris, Lucerne, Nidwald, Saint-Gall, Soleure, Schwyz, Thurgovie, Tessin, Uri, Valais

Acteurs et personnalités

▲ Camp du Oui
Conseil fédéral (position favorable)
PDC, PRD, PS, Verts, PEV, AdI, PLS, PdT (mots d’ordre pour)
UDC (mot d’ordre national favorable, malgré des sections dissidentes)
Milieux économiques (Vorort (economiesuisse), USAM)
Syndicats (USS, Travail.Suisse)
▼ Camp du Non
Parti de la liberté (ex-Parti des automobilistes)
Lega dei Ticinesi
Démocrates suisses
Comités référendaires de droite (dont la Ligue vaudoise)
Sections cantonales dissidentes de l’UDC (AG, AR, LU, TG, VD)
À noter : S’agissant d’une loi fédérale, seule la majorité du peuple était requise. Au niveau des cantons, le résultat fut un partage parfait : 11,5 cantons pour, 11,5 contre.

Arguments et verdicts

▲ Arguments POUR (camp du Oui)
Permettre l’adhésion à la convention de l’ONU
« La Suisse ne peut rester l’un des derniers États sans instrument pénal contre la discrimination raciale. »
— Camp du Oui, campagne 1994
✓ Argument confirmé
La Suisse a adhéré à la Convention internationale sur l’élimination de la discrimination raciale le 29 décembre 1994 et l’article 261bis est entré en vigueur le 1er janvier 1995, fondant depuis des centaines de procédures.
Source : Convention CERD (en vigueur 1995) ; art. 261bis CP
Sanctionner négationnisme et incitation à la haine
« Nier publiquement un génocide ou appeler à la haine raciale ne doit plus rester impuni. »
— Camp du Oui, campagne 1994
✓ Argument confirmé
La norme couvre la négation de génocides et l’incitation à la haine ; elle a été appliquée régulièrement — environ 935 cas signalés aux autorités entre 1995 et 2019 et plus de 330 condamnations.
Source : Commission fédérale contre le racisme ; statistiques judiciaires
▼ Arguments CONTRE (camp du Non)
Une « loi muselière » qui restreindra la liberté d’expression
« L’article 261bis muselle le débat et restreint la liberté de chacun d’exprimer ses opinions. »
— Comités référendaires de droite, 1994
✗~ Partiellement infirmé
En un quart de siècle, les condamnations sont restées limitées — moins de 25 par an en moyenne — et visent des propos haineux ou négationnistes manifestes, non le débat ordinaire. Le muselage massif redouté ne s’est pas matérialisé, même si la tension avec la liberté d’expression reste régulièrement discutée.
Source : Statistiques judiciaires ; débats parlementaires 1995-2020
Une norme floue, source de dénonciations abusives
« Le texte est si vague qu’il ouvrira la porte à des plaintes et à une insécurité juridique. »
— Camp du Non, 1994
✗~ Partiellement infirmé
Les tribunaux filtrent : environ 38 % des affaires se terminent par un acquittement, un classement ou un non-lieu. La vague de condamnations arbitraires annoncée n’a pas eu lieu, même si l’application de la norme a parfois été jugée délicate.
Source : Recueil de cas juridiques de la CFR

Affiches de campagne (29)

Bilan factuel

2
Confirmé
0
Partiellement confirmé
2
Partiellement infirmé
0
Infirmé
Un instrument juridique pérenne et élargi
En vigueur depuis 1995, la norme a donné lieu à plusieurs centaines de condamnations. En février 2020, le peuple a même étendu sa protection à l’orientation sexuelle, par 63,1 % des voix.
Source : Votation fédérale du 9 février 2020
~
Une efficacité réelle mais modeste
Moins de 25 condamnations par an en moyenne et de nombreuses affaires classées : les organisations de défense des droits humains parlent d’un bilan « en demi-teinte ».
Source : Commission fédérale contre le racisme ; Amnesty International
~
La crainte de la « muselière » relativisée
La liberté d’expression n’a pas été étouffée : le débat public sur l’immigration, la religion ou l’asile est resté vif. La tension entre répression de la haine et liberté d’opinion demeure toutefois un sujet récurrent.
Source : Analyses 25 ans après le vote (swissinfo, presse)
Analyse éditoriale
Conclusion

La norme pénale antiraciste a d’abord rempli sa fonction institutionnelle : permettre à la Suisse de ratifier la convention de l’ONU et de se doter d’un instrument juridique qui lui manquait. Sur ce plan, l’objectif central du camp du Oui est atteint, et l’article 261bis fait aujourd’hui partie intégrante du droit suisse.

Son impact quotidien est plus modeste que ne l’espéraient ses promoteurs comme ne le redoutaient ses adversaires. Avec moins de vingt-cinq condamnations annuelles et une part substantielle d’affaires classées, la norme agit davantage comme un signal et un garde-fou que comme une machine répressive.

La grande peur des opposants — une « muselière » étouffant le débat public — ne s’est pas vérifiée. La Suisse a continué de débattre vigoureusement de l’immigration, de la religion et de l’asile. La tension entre lutte contre la haine et liberté d’expression reste néanmoins un débat ouvert, ravivé à chaque procès médiatisé.

Trente ans après, le bilan est celui d’un outil utile mais limité : il fixe une frontière claire au discours de haine sans transformer en profondeur une société où le racisme ordinaire persiste.