Le 15 mai 2011, le corps électoral vaudois refuse de justesse — 48,9 % de Oui contre 51,1 % de Non — l’initiative populaire « Pour le droit à un salaire minimum ». Le canton de Vaud devient ainsi le premier de Suisse à se prononcer dans les urnes sur un salaire minimum cantonal… et le premier à le refuser, à quelques milliers de voix près.
Portée par la gauche et les syndicats, l’initiative est de nature constitutionnelle et reste volontairement une initiative de principe : elle charge le canton d’instaurer un salaire minimum, sans en fixer le montant ni les modalités. Ses promoteurs visent les « bas salaires » et les secteurs sans convention collective de travail (CCT).
Le camp du Non — Conseil d’État, patronat et droite — agite le risque de pertes d’emplois, d’atteinte à la compétitivité du canton et d’ingérence de l’État dans le partenariat social, jugé seul légitime pour fixer les salaires via les CCT.
Fait notable : le même dimanche, les Vaudois acceptent largement (61 %) les prestations complémentaires pour familles et la rente-pont. Vaud veut bien d’un filet social généreux, mais pas encore d’un plancher salarial. Quinze ans plus tard, en 2026, le canton finira pourtant par inscrire le principe d’un salaire minimum dans sa Constitution.
▲ Oui — 48,9 % Près de 48,9 % des votants soutiennent un salaire minimum cantonal. Il manque environ un point pour l’emporter. | ▼ Non — 51,1 % Le Non l’emporte d’extrême justesse, porté par le Conseil d’État, le patronat et la droite. |
Acteurs et personnalités
▲ Camp du Oui • Union syndicale vaudoise (USV) et Unia — moteurs de l’initiative et de la récolte de signatures. • Parti socialiste, Les Verts, POP / solidaritéS — soutiens politiques du texte. • Comité « Pour le droit à un salaire minimum » — à l’origine de la démarche. | ▼ Camp du Non • Conseil d’État vaudois (majorité) — opposé à un salaire minimum cantonal légiféré. • Centre Patronal et Fédération patronale vaudoise — craignant pertes d’emplois et perte de compétitivité. • PLR et UDC — défenseurs du primat des conventions collectives. |
Arguments et verdicts
▲ Arguments POUR (camp du Oui) Un salaire minimum est applicable sans détruire l’emploi « Fixer un plancher salarial protège les bas salaires sans provoquer l’effondrement de l’emploi annoncé. » — Comité d’initiative / syndicats, 2011 ✓ Argument confirmé L’expérience l’a confirmé : Neuchâtel, Genève, le Jura, le Tessin et Bâle-Ville ont depuis instauré un salaire minimum cantonal. Les évaluations, notamment genevoises, n’ont pas relevé l’effondrement de l’emploi redouté. La question reviendra : le besoin est réel « Le problème des bas salaires ne disparaîtra pas avec un simple refus. » — Partisans de l’initiative, 2011 ✓ Argument confirmé La demande sociale ne s’est pas éteinte. Vaud y est revenu et a accepté le principe d’un salaire minimum dans sa Constitution en 2026 — preuve que le refus de 2011 n’était qu’un sursis. | ▼ Arguments CONTRE (camp du Non) Un salaire minimum cantonal nuirait à l’emploi « Imposer un plancher salarial fera fuir les entreprises et détruira des emplois. » — Patronat et droite, 2011 ✗~ Partiellement infirmé Les cantons ayant franchi le pas n’ont pas connu la catastrophe annoncée : l’effet sur l’emploi est resté limité selon les études disponibles. La prédiction d’un effondrement ne s’est pas vérifiée. Les salaires relèvent des partenaires sociaux, pas de l’État « C’est aux conventions collectives, et non au canton, de fixer les rémunérations. » — Conseil d’État et milieux économiques ✓~ Partiellement confirmé Le primat du partenariat social a longtemps tenu — Vaud a dit non en 2011 — et conserve du poids : en 2026, les Vaudois acceptent le principe constitutionnel mais refusent la loi d’application à 23 fr. et le contre-projet, signe que l’État légiférant sur les salaires reste contesté. |
Bilan factuel
2 Confirmé | 1 Partiellement confirmé | 1 Partiellement infirmé | 0 Infirmé |
En refusant de quelques milliers de voix le premier salaire minimum cantonal de Suisse, les Vaudois ont surtout révélé une hésitation : oui à la solidarité, non à l’interventionnisme salarial. Le même jour, ils plébiscitaient pourtant la rente-pont et les prestations pour familles.
Sur le fond, l’histoire a donné tort aux pronostics les plus alarmistes du camp du Non. Cinq cantons — Neuchâtel en tête — ont depuis instauré un salaire minimum sans provoquer l’hémorragie d’emplois annoncée. L’argument de faisabilité des initiants s’est vérifié ailleurs.
Mais l’argument de principe des opposants — laisser les salaires au partenariat social — n’a pas non plus été balayé. La preuve : en 2026, lorsque Vaud accepte enfin le principe, il refuse simultanément le montant de 23 francs et le contre-projet législatif.
Le « non » de 2011 n’était donc ni une erreur ni une fin : c’était la première étape d’un débat de quinze ans, que le canton n’a tranché qu’à moitié.