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Acceptée Genève Économie, travail et fiscalité 05 juin 2016

Imposition d’après la dépense (forfaits fiscaux) — Genève choisit le maintien encadré

L'imposition d'après la dépense — les « forfaits fiscaux » — permet à certains ressortissants étrangers fortunés, domiciliés en Suisse sans y travailler, d'être imposés non sur leur revenu et leur fortune réels, mais sur leur train de vie. Genève,…

Oui — 53.97% Non — 46%
· Loi 11683 du Grand Conseil (adaptation au droit fédéral) — référendum de la gauche
L'enjeu de l'époque

L'imposition d'après la dépense — les « forfaits fiscaux » — permet à certains ressortissants étrangers fortunés, domiciliés en Suisse sans y travailler, d'être imposés non sur leur revenu et leur fortune réels, mais sur leur train de vie. Genève, place internationale, compte parmi les cantons qui recourent le plus à ce régime, régulièrement dénoncé à gauche comme un privilège.

Le 30 novembre 2014, les Genevois avaient déjà refusé, à près de 70 %, deux initiatives visant à supprimer purement et simplement les forfaits. Restait à mettre le droit cantonal en conformité avec la nouvelle loi fédérale harmonisée : le Grand Conseil adopte donc la loi 11683 (octobre 2015), qui relève la dépense imposable minimale à 400 000 francs et intègre la fortune dans le calcul. La gauche lance un référendum, réclamant cette fois encore l'abolition.

Le 5 juin 2016, les Genevois acceptent la loi par 53,97 % de oui contre 46,03 % de non. Le canton confirme le maintien des forfaits, désormais alignés sur les exigences fédérales plus strictes. Le débat, ouvert depuis des années, se referme — au moins pour un temps.

Note méthodologique — AfterVote ne tranche que les arguments vérifiables à la lumière des faits observés depuis le scrutin. Les promesses et les craintes encore en suspens ou invérifiables ne sont pas départagées.
Le verdict des urnes (5 juin 2016)
▲ Oui — le maintien accepté
Oui au maintien : 53,97 % des voix (loi 11683)
Dépense imposable minimale portée à 400 000 fr.
Soutien du Conseil d’État, de la droite et de l'économie
▼ Non — l'abolition écartée
Non : 46,03 % — pour l'abolition
Référendum de la gauche, deuxième tentative après 2014
Le régime jugé « injuste » par ses opposants

Les forces en présence

▲ Camp du Oui (maintien des forfaits)
Conseil d’État et administration fiscale cantonale
PLR, PDC, MCG et UDC, majorité du Grand Conseil
Chambre de commerce (CCIG) et milieux économiques
▼ Camp du Non (abolition)
PS, Verts et solidaritéS, auteurs du référendum
Syndicats et associations pour la justice fiscale
Gauche de la gauche, partisane d'une abolition pure et simple

Arguments et verdicts

▲ Arguments POUR (camp du Oui)
Supprimer les forfaits ferait fuir une manne fiscale et des emplois.
« Genève peut clore le débat : ces contribuables rapportent au canton » (CCIG, 2016).
✓~ Plutôt confirmé par l'exemple d'autres cantons.
Genève a conservé ses forfaitaires et les recettes associées. L'exemple zurichois — abolition votée en 2009 — a montré qu'une part importante des contribuables au forfait quittent effectivement le canton après suppression, ce qui accrédite le risque d'exode invoqué.
Source : votation ZH 2009 et études de suivi ; AFC-GE.
S'aligner sur le droit fédéral harmonisé est un compromis raisonnable.
« Mieux vaut un forfait encadré et durci qu'un saut dans l'inconnu » (camp du oui, 2016).
✓ Confirmé.
Le régime a été stabilisé et durci (seuil de 400 000 fr., prise en compte de la fortune) ; il demeure en vigueur à Genève en 2026, sans nouvelle remise en cause dans les urnes depuis le scrutin.
Source : LIPP art. 14 (rsGE D 3 08) ; état du droit 2026.
▼ Arguments CONTRE (camp du Non)
Les forfaits sont une injustice : on impose le train de vie, pas le revenu réel.
« Un privilège fiscal réservé aux étrangers fortunés » (comité référendaire, 2016).
~ Jugement d'équité, non tranchable par les faits.
Il s'agit d'un débat de valeurs que l'observation ne départage pas. On peut seulement constater que le régime contesté a été maintenu, puis durci, et qu'il continue de susciter des critiques récurrentes sur le plan de l'égalité devant l'impôt.
Source : débats parlementaires et campagnes, 2014-2016.
Le risque d'exode fiscal en cas d'abolition est largement exagéré.
« On agite l'épouvantail du départ des riches pour bloquer toute réforme » (opposants, 2016).
✗~ Plutôt infirmé.
L'expérience de Zurich, qui a aboli les forfaits en 2009, indique au contraire qu'une proportion notable des contribuables concernés ont quitté le canton, donnant du poids à l'argument adverse plutôt qu'à cette minimisation.
Source : suivi post-abolition du canton de Zurich, dès 2010.

Le bilan, une décennie plus tard

05.06.2016
Date du scrutin
53,97 %
Oui au maintien
400 000 fr.
Dépense imposable minimale
2014
Abolition déjà refusée
À noter — Deux votations en dix-huit mois pour, chaque fois, garder le forfait fiscal : Genève aime débattre du privilège des riches presque autant qu'elle aime le conserver. Le compromis fédéral aura eu le mérite de mettre tout le monde d'accord — sauf ceux qui voulaient tout supprimer.
Analyse éditoriale
Conclusion

Le vote genevois du 5 juin 2016 clôt, pour un temps, un feuilleton fiscal de plusieurs années. En acceptant à près de 54 % la version durcie de l'imposition d'après la dépense, le corps électoral confirme le choix déjà exprimé en 2014 : Genève garde ses forfaits, mais sous une forme resserrée et conforme au droit fédéral.

Sur le terrain des faits, l'argument central du camp du oui — le risque d'exode en cas d'abolition — trouve un appui dans l'expérience zurichoise, où la suppression de 2009 a bel et bien entraîné des départs. À l'inverse, la thèse des opposants minimisant ce risque en sort affaiblie.

Reste que le cœur du désaccord — le forfait est-il « juste » ? — échappe par nature à la vérification : c'est une question d'équité, non un pronostic. Le scrutin n'a pas tranché ce débat moral ; il a seulement décidé, à une courte majorité, de ne pas y toucher.