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Acceptée Fédéral Agriculture et alimentation 27 novembre 2005

Initiative « pour des aliments produits sans manipulations génétiques » (moratoire OGM)

Le 27 novembre 2005, le peuple suisse accepte l'initiative populaire « pour des aliments produits sans manipulations génétiques », lancée en 2003 par une large alliance d'organisations paysannes, écologistes et de consommateurs. Le texte inscrit dans la Constitution un moratoire…

Oui — 55.67% Non — 44.3%
Participation : 42.24%
L'enjeu de l'époque

Le 27 novembre 2005, le peuple suisse accepte l'initiative populaire « pour des aliments produits sans manipulations génétiques », lancée en 2003 par une large alliance d'organisations paysannes, écologistes et de consommateurs. Le texte inscrit dans la Constitution un moratoire de cinq ans interdisant la culture de plantes et l'élevage d'animaux génétiquement modifiés dans l'agriculture suisse.

Le contexte est celui du début des années 2000 : méfiance européenne envers les OGM, étiquetage obligatoire, et une loi suisse sur le génie génétique (LGG) entrée en vigueur en 2004 jugée trop permissive par les initiants. Ces derniers ne visent pas la recherche ni l'importation d'aliments, mais la mise en culture sur le territoire.

Fait rare dans l'histoire suisse, l'initiative est acceptée par 55,7 % des votants et par la totalité des 26 cantons, alors même que le Conseil fédéral et la majorité du Parlement recommandaient le rejet. La participation s'élève à 42,2 %.

Note méthodologique : Cette fiche traite la votation de manière factuelle et non partisane. Les verdicts portent uniquement sur les arguments de campagne vérifiables — c'est-à-dire confrontables aux faits observés depuis le vote — et non sur le scrutin lui-même.
▲ Cantons ayant accepté
Les 26 cantons (de 50,3 % en Argovie à 75,8 % dans le Jura) : Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Schwyz, Obwald, Nidwald, Glaris, Zoug, Fribourg, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse, Appenzell Rh.-Ext., Appenzell Rh.-Int., Saint-Gall, Grisons, Argovie, Thurgovie, Tessin, Vaud, Valais, Neuchâtel, Genève, Jura.
▼ Cantons ayant refusé
Aucun canton n'a refusé l'initiative — fait rare, les 26 cantons l'ont acceptée.

Acteurs et personnalités

▲ Camp du Oui
Alliance « StopOGM » (coalition suisse pour une agriculture sans génie génétique)
Bio Suisse et organisations paysannes favorables à une production sans OGM
Fédération romande des consommateurs (FRC)
Greenpeace, WWF, Pro Natura
Parti socialiste et Les Verts
▼ Camp du Non
Conseil fédéral (recommandait le rejet)
Majorité du Parlement
economiesuisse et milieux économiques
Gen Suisse, Interpharma (recherche et biotechnologie)
PRD (radicaux) et une partie du PDC
À noter : il est exceptionnel qu'une initiative populaire soit acceptée contre l'avis du Conseil fédéral et de la majorité parlementaire, et plus encore qu'elle réunisse l'unanimité des 26 cantons.

Arguments et verdicts

▲ Arguments POUR (camp du Oui)
Un moratoire temporaire, « cinq ans pour faire le point »
« Cinq ans suffiront pour évaluer sereinement, sans précipitation, l'utilité réelle des OGM. »
— Comité d'initiative, 2005
✗~ Partiellement infirmé
Le moratoire « de cinq ans » n'a jamais pris fin : prolongé par le Parlement en 2010 (jusqu'en 2013), 2013 (2017), 2017 (2021) puis 2021 (2025), il tend désormais vers 2030. Le caractère temporaire mis en avant ne s'est pas vérifié.
Source : RTS, Inf'OGM, Parlement (chronologie des prolongations).
Préserver une agriculture suisse sans OGM comme atout
« Une production sans génie génétique est un avantage de qualité et d'image pour l'agriculture suisse. »
— Bio Suisse / comité d'initiative
✓ Argument confirmé
Vingt ans après, l'agriculture suisse demeure sans OGM et l'argument du « sans génie génétique » est resté un élément de différenciation commerciale revendiqué par la filière et la grande distribution.
Source : Bio Suisse, OFAG, presse économique.
Principe de précaution face à une contamination irréversible
« Une dissémination d'OGM dans l'environnement serait irréversible ; mieux vaut prévenir. »
— Greenpeace / Pro Natura
✓ Argument confirmé
Aucune mise en culture commerciale d'OGM n'a eu lieu en Suisse depuis 2005, et la politique de précaution a été reconduite à chaque échéance. La crainte d'une dissémination ne s'est pas matérialisée, le moratoire restant en vigueur.
Source : OFEV, admin.ch, StopOGM.
▼ Arguments CONTRE (camp du Non)
La loi sur le génie génétique suffit déjà
« La nouvelle loi sur le génie génétique encadre tout ; un moratoire est superflu. »
— Conseil fédéral / economiesuisse
✗~ Partiellement infirmé
Le législateur lui-même a jugé après coup nécessaire de reconduire le moratoire à cinq reprises, signe que le cadre légal ordinaire n'a pas suffi à clore politiquement la question. L'argument du « cadre suffisant » n'a pas prévalu.
Source : Parlement, votes successifs de prolongation.
Un signal néfaste à la recherche et un risque d'isolement
« Le moratoire enverra un signal désastreux à la recherche et isolera la Suisse scientifiquement. »
— Gen Suisse / Interpharma
✓~ Partiellement confirmé
La recherche est restée autorisée et des essais en plein champ ont eu lieu (sites protégés d'Agroscope, Reckenholz), parfois sous protection policière coûteuse. Le climat est toutefois resté tendu et le débat sur l'attractivité scientifique a perduré : l'effet annoncé s'est en partie matérialisé.
Source : Agroscope, Le Temps, Heidi.news.
Le moratoire « provisoire » deviendra permanent
« Ce moratoire dit temporaire ne sera jamais levé : on en redemandera la prolongation. »
— Opposants au moratoire
✓ Argument confirmé
Prolongé cinq fois sans interruption, le moratoire est toujours en vigueur vingt ans plus tard. La prédiction d'un dispositif « provisoire qui dure » s'est entièrement vérifiée.
Source : Parlement, chronologie 2010-2025.

Affiches de campagne (11)

Bilan factuel

3
Confirmé
1
Partiellement confirmé
2
Partiellement infirmé
0
Infirmé
Une agriculture restée sans OGM
Vingt ans après le vote, aucune culture commerciale d'organismes génétiquement modifiés n'a été autorisée en Suisse. Le moratoire a été reconduit à chaque échéance, conformément à l'objectif central des initiants.
Source : OFEV, admin.ch, RTS.
~
Le « cinq ans » devenu vingt ans
Le moratoire de cinq ans a été prolongé en 2010, 2013, 2017, 2021 puis 2025, et le Parlement s'oriente vers une reconduction jusqu'en 2030 assortie d'un régime spécial pour les nouvelles techniques génomiques (édition du génome, CRISPR).
Source : Parlement, Le Temps, Inf'OGM.
~
La recherche maintenue mais sous tension
La recherche publique a pu se poursuivre sur des sites protégés (Agroscope), mais le débat sur les nouvelles techniques génomiques rouvre le dossier : le Conseil fédéral prépare un cadre d'homologation différencié pour les organismes obtenus sans transgène.
Source : Agroscope, admin.ch, parlement.ch.
Analyse éditoriale
Conclusion

Le vote de 2005 illustre un cas où l'argument central du camp vainqueur — un moratoire « temporaire » de cinq ans — s'est révélé trompeur quant à sa durée, tandis que l'objectif de fond — préserver une agriculture sans OGM — a été pleinement atteint et maintenu pendant deux décennies.

Paradoxalement, c'est une crainte du camp perdant qui s'est le mieux vérifiée : celle d'un moratoire « provisoire » destiné à durer. Le dispositif a été reconduit cinq fois, faisant de la Suisse l'un des pays européens les plus durablement fermés à la culture d'OGM.

L'avertissement sur l'attractivité scientifique s'est partiellement réalisé : la recherche n'a pas été interdite, mais s'est exercée dans un climat contraint. Le débat se déplace aujourd'hui vers les nouvelles techniques génomiques, qui ne relèvent pas nécessairement de la transgénèse classique et obligent à repenser la frontière tracée en 2005.