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Refusée Vaud Sécurité sociale, santé et prévoyance 04 mars 2018

Initiative « Pour le remboursement des soins dentaires »

Lancée en 2014 par le POP et solidaritéS, puis portée par une large coalition de gauche, l’initiative « Pour le remboursement des soins dentaires » part d’un constat : dans le canton, entre 10 et 20 % de la population…

Oui — 42.4% Non — 57.6%
Participation : 55.67%
L'enjeu de l'époque

Lancée en 2014 par le POP et solidaritéS, puis portée par une large coalition de gauche, l’initiative « Pour le remboursement des soins dentaires » part d’un constat : dans le canton, entre 10 et 20 % de la population renoncerait à se soigner les dents faute de moyens. Les soins dentaires, exclus de l’assurance-maladie de base, restent une affaire privée.

Le texte propose d’inscrire dans la Constitution vaudoise une assurance cantonale obligatoire couvrant les soins dentaires de base, un dispositif de prévention bucco-dentaire et un réseau de polycliniques dentaires régionales. Le financement, inspiré du modèle AVS, reposerait sur des cotisations paritaires employeurs-salariés.

Le 4 mars 2018, les Vaudois sont les premiers en Suisse à se prononcer sur un tel projet. Fait notable, après le rejet de son contre-projet par le Grand Conseil, le Conseil d’État à majorité de gauche s’est rallié à l’initiative. En face, la droite, les dentistes et les milieux économiques dénoncent une étatisation coûteuse.

Note méthodologique : Cette fiche traite la votation de manière factuelle et non partisane. Les verdicts portent uniquement sur les arguments de campagne vérifiables — c’est-à-dire confrontables aux faits observés depuis le vote — et non sur le scrutin lui-même.
Résultat global
Oui 42,4 % — Non 57,6 %
Participation : 55,67 %
Portée
Initiative cantonale refusée. Aucune assurance dentaire obligatoire n’a été créée. En 2022, le canton a toutefois introduit un dispositif ciblé de prévention et de prise en charge.

Acteurs et personnalités

▲ Camp du Oui
POP et solidaritéS, à l’origine de l’initiative (2014)
PS, Les Verts, PDC ; syndicats (UNIA, SSP, SUD)
Conseil d’État (ralliement après rejet de son contre-projet) ; AVIVO, Mouvement populaire des familles
▼ Camp du Non
PLR, UDC, Vert’libéraux
Société vaudoise des médecins-dentistes (SVMD)
Milieux économiques et organisations patronales

Arguments et verdicts

▲ Arguments POUR (camp du Oui)
Un problème d’accès réel et reconnu
« Entre 10 et 20 % des Vaudois renoncent aux soins dentaires faute de moyens : c’est une inégalité de santé qu’il faut corriger. »
Verdict : ✓~ Diagnostic validé
Le constat d’un renoncement aux soins pour raisons financières n’a pas été contesté. En 2022, le canton lui-même a reconnu le problème en lançant un dispositif ciblé (prévention scolaire, remboursement de 50 % des soins de base des enfants, bons pour jeunes adultes), sans toutefois instaurer l’assurance demandée.
Source : État de Vaud, RTS, Le Temps
Une assurance universelle financée comme l’AVS
« Une couverture obligatoire des soins de base, financée par des cotisations paritaires, garantirait l’accès pour toutes et tous. »
Verdict : ✗ Non concrétisé
La solution de l’assurance cantonale obligatoire a été écartée par les urnes et n’a pas été reprise. Le canton a préféré, plus tard, des aides ciblées plutôt qu’une couverture universelle.
Source : Brochure cantonale 4 mars 2018
▼ Arguments CONTRE (camp du Non)
Une étatisation coûteuse et bureaucratique
« Créer une assurance dentaire cantonale, c’est une nouvelle usine à cotisations et une bureaucratie dont le canton n’a pas besoin. »
Verdict : ✓~ Approche ciblée privilégiée
Le rejet a évité la création d’une assurance universelle. Le dispositif adopté en 2022 est nettement plus circonscrit (publics précarisés, enfants, entrants en EMS), conforme à la logique défendue par les opposants.
Source : 24 heures, Le Matin
L’aide ciblée vaut mieux qu’une couverture pour tous
« Mieux vaut aider ceux qui en ont vraiment besoin que de faire payer une assurance obligatoire à toute la population. »
Verdict : ✓~ Partiellement réalisé
Les mesures de 2022 ciblent effectivement les publics fragiles plutôt que l’ensemble de la population. Mais la relance d’une nouvelle initiative par solidaritéS en 2025 montre que la question de l’accès n’est pas considérée comme réglée.
Source : État de Vaud, solidaritéS

Bilan factuel

57,6 %
Non — initiative refusée
2022
Dispositif ciblé cantonal
50 %
Remboursement soins de base (enfants)
2025
Nouvelle initiative relancée

Le refus de 2018 (57,6 %) a écarté l’assurance dentaire cantonale obligatoire, faisant de Vaud un canton pionnier… d’un non. Mais le diagnostic des initiants n’a pas disparu : en 2022, le Conseil d’État a mis en place un dispositif ciblé (prévention scolaire, remboursement de 50 % des soins de base des enfants jusqu’à 18 ans, trois contrôles durant la scolarité, bons pour jeunes adultes). En 2025, solidaritéS a relancé une initiative, signe que le débat reste ouvert.

À noter : Vaud a été le premier canton suisse à voter sur une assurance dentaire obligatoire. Le scrutin a donc valeur de précédent : plusieurs cantons et le débat fédéral ont suivi de près le résultat vaudois.
Analyse éditoriale
Conclusion

Le scrutin de 2018 est un cas d’école de défaite féconde. L’initiative a été refusée, mais son diagnostic — un renoncement aux soins dentaires pour raisons financières — était suffisamment solide pour que le canton finisse par y répondre, à sa manière, quatre ans plus tard.

Le dispositif ciblé de 2022 n’est pas l’assurance universelle voulue par la gauche ; il en est même l’antithèse budgétaire. Mais il valide la prémisse des initiants tout en confirmant la préférence de l’électorat pour des mesures circonscrites plutôt que pour une couverture obligatoire pour tous.

La relance d’une initiative en 2025 montre que le sujet n’est pas clos. Sur le fond, le vote vaudois aura surtout tranché une question de méthode — aide ciblée contre assurance universelle — bien plus que la reconnaissance du problème lui-même.